OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Pirat@ge: du hacktivisme au hacking de masse http://owni.fr/2011/03/31/piratge-du-hacktivisme-au-hacking-de-masse/ http://owni.fr/2011/03/31/piratge-du-hacktivisme-au-hacking-de-masse/#comments Thu, 31 Mar 2011 08:30:55 +0000 Capucine Cousin http://owni.fr/?p=54336 Ils sont quatre, dont trois frères, jeunes et (à première vue ;) innocents, et leur clip, “Double Rainbow song“, bidouillé non pas au fond d’un garage mais dans le salon familial, avec un piano, a attiré plus de 20 millions de visiteurs. Un clip parodique qui a généré un buzz énorme, à partir d’une simple vidéo amateur d’un homme à la limite de la jouissance devant un phénomène rare : deux arcs en ciel… Au point – le comble – que Microsoft a recruté le “Double Rainbow guy” pour sa nouvelle pub pour Windows Live Photo Gallery. Ou quand l’industrie pirate les pirates…

Les Gregory Brothers ont réalisé sans le faire exprès quelques tubes par la seule voie numérique grâce à un petit outil, Auto-Tune the News (Remixe les infos en français dans le texte), qui permet à tout un chacun de détourner des reportages TV en y superposant des montages de sons, avec le logiciel de correction musicale Auto-Tune. Comme “Bed intruder song”, un remix de reportage qui montre Antoine Dodson interviewé par une chaîne TV suite à un fait divers (l’intrusion d’un inconnu dans la chambre de sa sœur). Un témoignage qui va le propulser en superstar du web lorsque les Gregory Brothers transforment ses paroles en une mélodie hip-hop vraiment efficace. Plein d’internautes ont été prêts à la voir – et la payer en ligne – une fois qu’elle était disponible sur iTunes – CQFD. Je vous laisse le plaisir de déguster cette mise en bouche…

Cliquer ici pour voir la vidéo.

“La propriété c’est le vol”

De détournement satirique à piratage, il n’y a qu’un pas. J’ai eu la chance, cette semaine, de voir en avant-première le documentaire “Pirat@ge”, réalisé par les journalistes Étienne Rouillon (magazine “Trois couleurs”) et Sylvain Bergère, diffusé le 15 avril sur France 4 Pour la première fois, un docu retrace l’histoire du piratage, avec un parti-pris du côté des hackers, parfaitement assumé.

A quoi ressemblerait Internet sans les pirates ? Au Minitel ! Depuis cinquante ans, des petits génies ont façonné le web, souvent en s’affranchissant des lois. Des pirates ? Ils sont à la fois grains de sable et gouttes d’huile dans les rouages de la grosse machine Internet

Voilà le postulat des auteurs de ce docu.

Un docu malin, forcément un peu brouillon à force de vouloir englober tout ou presque de la culture du hacking (en effleurant l’hacktivisme et les engagements citoyens qu’il implique) en 1 heure 30, parfois en surface. Mais il offre une plongée assez passionnante dans cette culture des flibustiers des temps modernes, apparus dans les années 80 – bien avant l’Internet. Dès 1983, lorsque lorsque les premiers ordinateurs font leur apparition dans les foyers (remember l’Apple I de Steve Wozniak et Steve Jobs en 1976…), les hackers font leurs débuts en essayant de casser les protections anti-copie ou en détournant les règles des jeux informatiques. Ils font leur le dicton de Pierre-Joseph Proudhon“La propriété c’est le vol”.

Dans un esprit très post-70s, l’éthique du hack, élaborée au MIT (mais que l’on peut retrouver dans le Hacker Manifesto du 8 janvier 1986), prône alors six principes:

  • L’accès aux ordinateurs – et à tout ce qui peut nous apprendre comment le monde marche vraiment – devrait être illimité et total.
  • L’information devrait être libre et gratuite.
  • Méfiez-vous de l’autorité. Encouragez la décentralisation.
  • Les hackers devraient être jugés selon leurs œuvres, et non selon des critères qu’ils jugent factices comme la position, l’âge, la nationalité ou les diplômes.
  • On peut créer l’art et la beauté sur un ordinateur.
  • Les ordinateurs sont faits pour changer la vie.

Eh oui! Car dès ses débuts, le hacking a été théorisé au mythique MIT:

Au MIT, le besoin de libérer l’information répondait à un besoin pratique de partager le savoir pour améliorer les capacités de l’ordinateur. Aujourd’hui, dans un monde où la plupart des informations sont traitées par ordinateur, ce besoin est resté le même

résume ce billet chez Samizdat. Dans l’émission, Benjamin Mako Hill, chercheur au MIT Media Lab, ne dit pas autre chose: développeur, membre des bureaux de la FSF et Wikimedia, pour lui,“l’essence du logiciel libre est selon moi de permettre aux utilisateurs de micro-informatique d’être maître de leur machine et de leurs données”.

Pour ce docu, Étienne Rouillon et Sylvain Bergère sont allés voir plusieurs apôtres du hacking, tel John Draper, hacker, alias “Captain Crunch”, un des pionniers hackers en télécoms. Un détournement qui tient du simple bidouillage, mais qui a contribué à créer la légende, la blue box. Il s’agissait d’un piratage téléphonique qui consistait à reproduire la tonalité à 2600 Hz utilisée par la compagnie téléphonique Bell pour ses lignes longue distance, à partir d’un simple sifflet ! Une propriété exploitée par les phreakers pour passer gratuitement des appels longue distance, souvent via un dispositif électronique – la blue box – servant entre autres à générer la fameuse tonalité de 2600 hertz.

“Napster a ouvert la voie à l’iPod”

Leur théorie ? Internet a été construit par des hackers pour faire circuler l’information. Mais peut-être Internet a-t-il marqué la fin du hacking et son éthique d’origine. Car avec Internet, après l’ère idéaliste d’un Internet libertaire, l’industrialisation des réseaux prend vite le dessus. Les pirates du net, cybercriminels et contrefacteurs en ligne prennent le pas sur les hackers, la confusion est largement entretenue…

1999: Napster, cette immense plateforme d’échange de fichiers musicaux en ligne à tête de chat, débarque sur la Toile. Elle est fermée deux ans après mais a ouvert une brèche: le partage de fichiers musicaux entre internautes.

“Napster a ouvert la voie à l’iPod”, ose le documentaire.

Vincent Valade bidouillera eMule Paradise – presque par hasard, comme il le raconte aux auteurs du docu, encore étonné. Sa fermeture avait fait grand bruit – initialement simple site de liens Emule, Vincent Valade est poursuivi pour la mise à disposition illégale de 7 113 films, son procès doit avoir lieu cette année. D’autres s’engouffrent dans la brèche, comme The Pirate Bay, entre autres sites d’échanges de fichiers torrents.

Les industriels de l’entertainment s’emparent aussi de ce modèle naissant. TF1 – face au piratage massif de ses séries TV ? – lance sa plateforme de vidéo à la demande – payante bien sûr, à 2,99 euros puis 1,99 euro l’épisode. “C’était un projet de marketing. C’est mon job”, lance face à la caméra Pierre Olivier, directeur marketing de TFI Vidéo et Vision. Rires dans la salle.

Hacktivisme journalistique…

Et aujourd’hui? Le culture hacktiviste a imprégné plusieurs pratiques: dans le domaine du logiciel libre bien sûr, même si le docu aborde à peine ce sujet. Mais elle rayonne aussi sur de nouvelles pratiques journalistiques.Indymedia, né en 1999 pour couvrir les contre-manifestations de Seattle, lors de la réunion de l’OMC et du FMI, fut un des précurseurs: ce réseau de collectifs, basé sur le principe de la publication ouverte et du “journalisme citoyen” en vogue au début des années 2000 (“Don’t hate the media, become the media”), permet à tout un chacun de publier sur son réseau.

Un vent nouveau dû à l’éclosion ces derniers mois de Wikileaks – là encore, son impact est effleuré dans “Pirat@ges” – dont l’ADN réside dans l’ouverture des frontières numériques – rendre accessibles à tous des données publiques, et son double, OpenLeaks. Car Wikileaks a instauré la “fuite d’informations” en protégeant ses sources, et a remis au goût du jour la transparence et le partage de données si chères aux premiers hackers. Au point que, courant 2010, les révélations de WikiLeaks ont été relayées par une poignée de grands quotidiens nationaux (dont Le Monde), qui en ont eu l’exclusivité, au prix de conditions fixées en bonne partie par Julian Assange, comme j’en parlais dans cette enquête pour Stratégies.

Parmi les dignes successeurs des premiers hacktivistes, citons bien sûr les Anonymous, des communautés d’internautes anonymes qui prônent le droit à la liberté d’expression sur internet (j’y reviendrai dans un billet ultérieur…). Une de leurs dernières formes d’actions (évoquées sur la page Wikipediadédiée) rappelle bien celles des premiers hackers: les attaques par déni de service (DDOS) “contre des sites de sociétés ciblées comme ennemis des valeurs défendues par le mouvement”. Ce fut le cas avec le site web de Mastercard en décembre 2010, qui avait décidé d’interrompre ses services destinés à WikiLeaks.

… et le hacking, culture de masse

La donne a changé: le hacking n’est plus l’affaire de seuls bidouilleurs de génie. L’arrivée de plusieurs industries de l’entertainment sur le numérique, et de nouvelles barrières sur les contenus mis en ligne, implique que tout le monde est aujourd’hui concerné par le piratage numérique. Comme des Mr Jourdain qui s’ignorent, nombre d’internautes ont déjà été confrontés, de près ou de loin, au piratage numérique, en le pratiquant (qui n’a jamais téléchargé illégalement de films, de musique ou de logiciels ?), ou y étant confrontés (fishing).

De culture underground, le hacking frôle la culture de masse, avec une certaine représentation cinématographique, entre MatrixTronMillenium et Lisbeth Salander, geekette neo-punk qui parvient à rassembler des données personnelles en ligne en un tournemain..

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Et bien sûr The social network, qui a fait de la vie du fondateur de Facebook un bioptic. Qui a même sa version parodique, consacrée à… Twitter. En bonus, un petit aperçu du trailer de “The twitt network” ;).

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Car Facebook, après tout, est un lointain dérivé de la culture du hacking, né d’une association de piraterie + industrie numérique: son fondateur l’avait créé en bidouillant un réseau local affichant les plus jolies filles de son campus… Mais pas sûr que Mark Zuckerberg ait retenu ces deux principes de la culture des hackers :

  • Ne jouez pas avec les données des autres.
  • Favorisez l’accès à l’information publique, protégez le droit à l’information privée.

Article intitalement publié par le blog miscellanees.net

Crédit Photo FlickR CC : CenzTelomi / Bixentro

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D’Indymedia à Wikileaks http://owni.fr/2010/12/29/de-indymedia-a-wikileaks/ http://owni.fr/2010/12/29/de-indymedia-a-wikileaks/#comments Wed, 29 Dec 2010 13:09:43 +0000 C.W Anderson (trad. O. Noor Chandler) http://owni.fr/?p=39819 La première fois que j’ai entendu les mots “site miroir” j’étais assis à un bureau jonché de débris, penché sur un ordinateur, au deuxième étage d’un immeuble de la 29ème rue à Manhattan.

J’avais tout juste commencé à travailler bénévolement pour le Centre des médias indépendants de la ville de New-York (Independent Media Center), qui se révèlera être l’une des premières organisations de “journalisme citoyen” aux États-Unis, même si à l’époque, personne ne l’aurait appelée ainsi.
A ce moment là, l’IMC couvrait la troisième journée des actions de protestation contre le Forum économique mondial (WEF) qui se tenait à New York. C’était moins de cinq mois après le 11 Septembre, la ville était froide et sombre, les gens tendus. Très tendus. Et notre site web, Indymedia New-York, avait atteint la vitesse d’une limace.

Il va tomber en panne, murmurai-je.

Ne t’inquiète pas, me dit-on, nous avons fait une version miroir du site sur plusieurs serveurs de sauvegarde. Les mises à jour faites par les personnes qui utilisent l’Open Newswire seront affichées avec un décalage, mais les utilisateurs pourront toujours accéder au site.

J’aimerai pouvoir dire que le site Indymedia était en train de tomber parce que nous étions – comme Julian Assange – la cible de puissantes forces gouvernementales. Mais je soupçonne que la lenteur de notre site était due à une charge inattendue sur le serveur et à l’infrastructure fragile du site plutôt qu’à une quelconque conspiration mondiale.

J’ai néanmoins poussé un soupir de soulagement. Tout allait bien se passer. Quelque part, une personne qui comprenait ces histoires de “miroirs” et de “serveurs” s’occupait de tout.

Si je ressorts cette vieille histoire du journalisme citoyen en ligne c’est parce que lorsque je lis des tweets tels que : “la première vraie guerre de l’info est engagée, et le champ de bataille est Wikileaks” , je me dis que cela vaut la peine de prendre du recul et d’essayer de mettre les évènements récents en perspective. La bataille autour de WikiLeaks et les questions journalistiques qu’elle soulève sont véritablement de nouveaux développements, mais, ils sont basés sur des tendances à long terme et sur une histoire qui remonte à près de deux décennies.

L’impact de Wikileaks sur le journalisme est plus un effet de proportion que de nature ; ce qui [nous] arrive n’est pas entièrement nouveau, mais cela se passe à plus grande échelle.

Je vais parler de deux tendances générales mises en évidence ces dix dernières années dans des évènements à la pointe de “l’activisme journalistique” et qui vont, à mes yeux, changer le journalisme.

L’introduction de nouveaux «objets» propulsés par internet au cœur du métier de journaliste

Le principal changement qui a affecté le journalisme au cours de ces dix dernières années (effondrement du business modèle mis à part) a été l’introduction de nouveaux et étranges “objets de journalisme numérique” dans le flux de travail journalistique traditionnel.

Pendant la couverture du Forum économique mondial par Indymedia, ces nouveaux objets étaient les comptes-rendus des gens, avec leurs photos prises dans l’instant, et d’autres formes primitives de “journalisme citoyen”, le tout transmis en temps réel à des sites internet. Depuis 2002, nous avons vu ces formes de témoignages directs être lentement adoptées par les médias traditionnels, de l’iReport de CNN jusqu’à la série “Moment in Time” du New York Times, une série de photos crowdsourcées.

Nous constatons que les médias ont beaucoup de mal à intégrer ces quantités massives de données semi-structurées dans leur flux de travail traditionnel – certaines de ces données (mais pas toutes) provenant d’acteurs non-traditionnels comme WikiLeaks. Todd Gitlin, professeur à l’université de Columbia, qui s’appuie sur les travaux pionniers de Lev Manovich, théoricien des médias, a récemment soutenu que

… la métaphore absolue de l’information, à notre époque, est la base de données. Et cette dernière est bien plus qu’une métaphore, c’est un document qui nous montre à quoi ressemble l’information et de quelle manière on peut l’obtenir. Une métaphore est un vecteur, un condensé de significations. Une base de données est un tas.

Bien que je ne sois pas entièrement d’accord avec Gitlin sur la signification politique de WikiLeaks (révélation: Gitlin a été mon conseiller de thèse), je suis d’accord pour dire que le défi des journalistes traditionnels est d’accepter la présence de ces nouveaux et étranges objets. Quel statut journalistique accorder à une base de données ? Comment les intégrer à notre routine de travail ? Tout comme les premières photos prises par des citoyens pendant des manifestations ou sur le lieu de catastrophes naturelles ont obligé les journalistes à repenser ce qui fait office de preuve journalistique, les 250.000 mémos diplomatiques de WikiLeaks, dévoilés lentement et régulièrement, poussent les journalistes à se poser des questions semblables sur leur travail.

Il existe une différence en terme d’échelle, entre des photos prises par des citoyens et des bases de données. Et lorsque cette différence est trop importante, elle devient une différence de nature.

Mais la présence de ces étranges objets d’information extra-journalistiques n’est pas si surprenante: ces nouvelles simili-sources d’information piratent le workflow journalistique depuis des années. Ce qui est nouveau, c’est l’ampleur de la preuve qui assaille maintenant le journalisme. La question de savoir comment gérer les photos soumises par des lecteurs est une question qualitativement différente de celle de savoir comment gérer des centaines de milliers de mémos fournis par une organisation média qui se dit transparente et dont les motivations et les valeurs fondamentales ne sont pas claires.

Il suffit de voir les mémos du Département d’état comme un immense tas de documents crowdsourcés, où le mot “crowd” (foule) est remplacé par “corps diplomatique américain”, et dont le tout premier travail de collecte et d’analyse de ces documents a été réalisé par une organisation externe au département d’état.

La lente ascension des geeks de l’information

Dans le cas d’Indymedia et de Wikileaks, les développements qui ont eu un impact sérieux sur la salle de rédaction ont été alimentés par ce que j’aime appeler l’avant-garde politisée de la communauté geek en ligne. Comme l’a remarqué Gabriella Coleman, en tant que hacker anthropologue de premier plan, il n’est pas étonnant que…

…des geeks politisés qui ont grandit pendant l’ère des PC bas de gamme, de l’auto-formation à la programmation et des premières interactions virtuelles aient choisi d’utiliser des logiciels libres pour mettre en place et étendre rapidement les centres Indymedia. Les listes de diffusion et le chat (Internet Relay Chat, IRC), largement disponibles en version logiciel libre à l’époque, ont été les principaux outils de communication qui ont facilité les conversations entre les techniciens-activistes responsables de l’établissement des premiers centres Indymedia dispersés entre Washington DC, Boston, Londres, Seattle.

Dix ans plus tard, l’histoire a peu changé. Les journalistes d’aujourd’hui sont confrontés à des idéologies de “libération de l’information” et des termes comme “attaques de déni de service” (DDoS) et “sites miroirs”. Bien que ces idées et innovations n’aient pas été créées au sein de la sphère journalistique, elles ont un impact sur la circulation de l’information, et par conséquent un impact sur le journalisme lui-même.

Il y a quelques jours, j’écrivais que Wikileaks était de “l’anarchisme d’information organisé avec des conséquences journalistiques”. Ce nouveau monde où l’innovation de l’information est propulsée par les geeks exige un niveau de réponse approprié de la part de nos centres d’enseignement du journalisme comme de nos rédactions.

Le hacker occasionnellement intéressé par l’actualité mis de côté, il reste important pour les journalistes de garder à l’esprit que malgré certaines similitudes au premier abord, tous les citoyens de la culture hacker ne se ressemblent pas. Anonymous n’est pas WikiLeaks. En fait, les Anonymous et les organisations de hackers sont les premiers à dire que les DDoS n’ont rien à voir avec le hacking. Mes amis passionnés de technologie qui m’ont initié aux sites miroirs en 2002 étaient finalement assez uniques dans le monde de l’open source, car peu de gens dans ce milieu se souciaient du journalisme ou du Forum économique mondial.

Bien qu’il puisse paraître réconfortant de grossir les rangs du journalisme en y attirant tous les défenseurs de la transparence numérique, les journalistes doivent s’arrêter un instant et réfléchir : quels aspects de ces puissantes communautés en ligne faut-il adopter et lesquels laisser de côté ? Pour cela, il leur faudra considérer le chemin déjà  parcouru par le journalisme numérique depuis une décennie d’un point de vue historique, et comprendre comment les hackers et les experts en technologies transforment la circulation de l’information.

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Un grand merci à Gabriella Coleman pour ses commentaires sur une version antérieure de ce post
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Article publié en anglais sur OWNI.eu
Article publié initialement sur Nieman’s Journalism Lab sous le titre : “From Indymedia to Wikileaks: What a decade of hacking journalistic culture says about the future of news”

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Crédits photos sous licence CC : wallyg ; tsevis ; albertfoolmoon ; JacobDavis

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Grèce: le mobile mobilise http://owni.fr/2010/05/11/titre-provisoire-la-grece-les-manifestations-et-l%e2%80%99indymedia/ http://owni.fr/2010/05/11/titre-provisoire-la-grece-les-manifestations-et-l%e2%80%99indymedia/#comments Tue, 11 May 2010 10:52:07 +0000 Elina Makri http://owni.fr/?p=15017 Les récents événements en Grèce, au cours desquels trois personnes ont trouvé la mort mercredi dernier, ont rassemblé une foule nombreuse, en particulier des jeunes. Quel rôle jouent les technologies de communication de masse dans cette mobilisation ? Comment l’État réagit-il ?

Selon l’Institut Hellénique de l’Audiovisuel (IOM), il n’y a pas d’étude en Grèce sur ce sujet à ce jour. D’après Constantine Papavassilopoulos, chercheur à l’IOM et responsable des études sur les nouvelles technologies, le meilleur moyen pour mobiliser la foule en Grèce, c’est d’utiliser la technologie sans fil, et plus précisément le téléphone portable. Trois raisons principales à cela : déjà il est beaucoup plus répandu, même chez les enfants, où la pénétration dépasse 85%, et directe que l’Internet sans fil qui est encore trop cher ; elle est très familière aux jeunes, qui sont vraiment “mobile phone literates”.

Cette utilisation généralisée s’explique pour des raisons de commodité et d’immédiateté, poursuit le chercheur, une personne peut être informée sans être obligée de rester devant un écran.

Le SMS a ainsi été le principal moyen de communication et de mobilisation rapide des jeunes manifestants après l’assassinat d’Alexandros Grigoropoulos, un jeune de 15 ans tué par un policier en décembre 2008, provoquant des dégâts au centre-ville d’Athènes pendant plusieurs jours.

La Grèce n’est pas l’Iran

Cette pratique ne peut cependant être comparée à “l’insurrection” en Iran pendant la période des dernières élections, au cours de laquelle Twitter a été utilisé intensément.

M. Papavassilopoulos estime qu’il y a une grande différence avec l’Iran : contrairement à la Grèce, c’est une société théocratique où la jeunesse a appris à vivre dans un contexte de restrictions et se montre donc aussi plus organisée que les Grecs.

Plus précisément, les atteintes à la liberté d’expression et de communication (censure des médias, interdiction des antennes paraboliques, etc.) conduisent de facto la jeunesse à faire une utilisation des nouvelles technologies plus “intelligente et novatrice”, car un tel usage doit se faire à l’insu des autorités de sécurité et des forces de répression. Constat qui en aucun cas ne s’applique pour Athènes.

Athens Indymedia

En Grèce, le plus célèbre portail d’information et de coordination de la plupart des jeunes manifestants extrémistes est Athens Indymedia, une antenne du réseau Indymedia. Il a été ouvert en novembre 2001 à l’initiative de vingt militants de la gauche radicale et de la mouvance antiautoritaire qui ont été en contact avec des militants du monde entier lors des mobilisations de Prague et de Gênes.

Il est considéré comme le site ‘officiel’ des anti-autoritaires, principaux suspects dans la mort de trois employés de banque, lors de la manifestation du 5 mai dernier à Athènes.

Il convient de noter que le serveur du site était hébergé par le celui de l’École Polytechnique de Grèce (institution symbole de la chute du régime des colonels en Grèce, ndlr), même s’il n’a aucun rapport avec les objectifs de l’École.

La question a été discutée au Parlement par un député de droite (LAOS) qui a dénoncé “un site où des délits sont commis”.

Selon le recteur de l’École Polytechnique de Crête, M. Ioakim Gryspollaki, “il s’agit d’un site utilisé pour échanger en vue de monter des attentats terroristes, souvent à travers des slogans, appelant à des attaques avec des cocktails molotov, etc.”

Le député de droite a demandé  au ministre de la Justice de permettre l’obtention des donnés protégées du site.

Le site est hébergé sur les ordinateurs de cette institution publique car ces derniers bénéficient de l’immunité et de l’asile universitaire, qui profitent depuis longtemps à des sites hébergés par l’Université.

Le député de l’extrême-droite (LAOS) Elias Polatidis a affirmé lors d’une interview qu’« Indymedia a joué un rôle de coordination lors des événements en décembre 2008. Le système C4I de ces “rebelles” était sous le contrôle d’Indymedia. Un rôle stratégique dans le processus d’astroturfing” à l’œuvre. »

Blogs

Tasos, militant de gauche, explique que, pendant qu’il étudiait à l’étranger, les blogs lui permettaient d’être au courant de ce qui se passait en Grèce, comme par exemple les manifestations et même d’avoir la chance de voir des vidéos que la télévision ne présentait jamais.

Les réseaux sociaux

Concernant les réseaux sociaux et en particulier Facebook, “ils sont considérés comme un outil important car il y a des groupes qui se mobilisent, analyse Constantine Papavassilopouls, mais ils sont rarement suivis en cas d’organisation d’une rencontre IRL. Les réseaux sociaux n’ont pas l’immédiateté de la téléphonie mobile.’’

Aucune volonté de restriction ou de contrôle de l’Internet par le gouvernement

Comme la Grèce est un pays de l’UE, elle ne peux pas mettre des restrictions sur l’Internet. Il n’en existe donc aucune. « Si une restriction ou contrôle était connu, étant donné la situation explosive en ce moment, explique le chercheur, il y aurait des conséquences désastreuses pour le gouvernement. Depuis 1993, l’existence d’Internet en Grèce, aucun contrôle n’a jamais été effectué.”
Dans un contexte de protection de l’intérêt public, la première tentative du gouvernement d’utiliser les nouvelles technologies comme un “crime-fighting tool”, c’était avec l’autorisation du procureur général de la Cour de cassation de filmer des manifestants dans les rues. Cette autorisation a été vivement contestée en raison de son atteinte aux libertés individuelles.

De même, le procureur a aussi émis un avis portant sur la levée de la confidentialité (sans autorisation préalable de l’autorité compétente) des blogs (abusant du droit) et des sites Internet menaçant d’un chantage, d’un crime ou d’un délit. Le procureur affirme dans son avis que les blogs ne sont pas “couverts” par le privilège constitutionnel du secret et de la confidentialité qui s’appliquent pour les lettres, la correspondance et la communication, tels que consacrés par l’article 19 de la Constitution. Il précise que la confidentialité des communications ne couvre pas la communication par l’Internet.

Pour M. Charalabos Ikonomou, directeur scientifique à l’ISTAME , “le gouvernement s’efforce de contribuer au développement de la transparence et de faire un usage positif des nouvelles technologies avec opengov.gr. Seul but : faire participer les gens dans le processus de gouvernance, pas question de contrôler l’Internet ou les citoyens.’’

Photo CC Flickr NickChino, PIAZZA del POPOLO, George Laoutaris

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